L'anarchiste Jan Bucquoy (80 ans) ne s'est pas assagi et se livre dans le Grand Entretien de La DH : "La seule solution, c'est la révolution"Naar Jan Bucquoy
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LDH-15-11-2025,
Entre ses coups d'État, ses films, l'Union, le PTB Magritte et Roland Duchatelet, pas facile de le suivre.
Le plus célèbre et le plus subversif des anarchistes belges souffle ses 80 bougies. Bon annif ! Pas question pour autant pour Jan Bucquoy de se ranger des voitures. Plus que jamais il brandit le poing, secoue les conventions, choque la bien-pensance et veut faire basculer la table. La royauté, les politiques, l'argent (" je n'en ai pas "dit-il), le PTB (il nous montre sa carte de membre), tout y (tré) passe. Entre ses "faux "coups d'État, la décapitation de la statue d'un roi ou ses films à succès comme "La vie sexuelle des Belges", ce supporter de l'Union Saint-Gilloise depuis toujours (sa carte de visite arbore l'équipe bruxelloise championne de Belgique en 1935 avec un certain Constant Vanden Stock comme joueur) nous fixe rendez-vous à la Brasserie de l'Union sur le Parvis de Saint-Gilles. Lieu où la déco ne cache pas ses accointances avec un esprit anarcho révolutionnaire. En route pour un Grand Entretien hors de sentiers (ra) battus avec un personnage sans filtre et qui n'a jamais eu peur de se frotter aux puissants. Ça secoue… Est-on encore anarchiste à 80 balais ? De plus en plus. Contre l'État, les avocats,… Il faut rendre les gens responsables dès l'école. Plutôt que croire ces gens qui viennent d'en haut et qui savent tout. Pensez-vous qu'il existe encore des anarchistes ? C'est considéré comme un gros mot. Les anarchistes ont eu le pouvoir dans les années 30 en Espagne et cela ne s'est pas bien passé. Aujourd'hui, plus personne ne se dit anarchiste. Considérez-vous l'extrême gauche actuelle comme vos cousins ? Le PTB oui. C'est un parti, certes dans l'ordre établi mais dans lequel je peux me retrouver. Même si je vais plus loin car je suis opposé à la propriété privée, je suis favorable à la distribution des héritages à travers une loterie,… Il faut être désespéré pour voter PTB. Ce n'est pas l'idéal mais il n'y a rien d'autre. Ils ont au moins le courage de dire que les politiciens ne peuvent pas se mettre au niveau du peuple parce qu'ils ont de gros salaires. Quand tu gagnes 10.000 balles plus un loyer payé, une bagnole, etc.. , tu ne peux pas être dans la vie normale.
Un député PTB gagne autant qu'un autre Oui mais il ne l'a pas dans sa poche. Il connaît le prix des choses. C'est déjà un pas énorme. C'est facile de réduire les pensions quand tu touches 10.000 euros. Êtes-vous pour prendre le pouvoir par la révolution ? C'est la seule solution. Pour le moment, la masse n'est pas prête à le faire. Il faut tout remettre à plat. Une heure de travail devrait donner le même salaire que tu sois médecin ou éboueur. Pensez-vous que c'est réaliste ? À Cuba, ce n'est pas non plus une réussite. Peut-être mais sommes-nous plus libres et plus heureux ici ? On a eu du confort, ce qui n'est pas mal, mais je pense que la solidarité y est plus présente là-bas. Comme en Afrique. Ici, on est tous en burn-out. La vie de l'homme est absurde. Personne n'a demandé à être là. La vie ne débouche jamais sur un happy end. Hollywood ne prendrait jamais un scénario pareil. Pensez-vous toujours être choquant ? Je crois que les gens se rapprochent de ce que je pense. Ils savent qu'il faut changer quelque chose. Je reviens à ma loterie. C'est ultra-égalitaire. Tu peux tomber sur une cave à Molenbeek ou une villa à Lasne.
Dans votre vie, l'argent est-il si peu important ? Je ne suis pas propriétaire. L'argent, c'est pour le plaisir. Je n'en ai jamais, je peux faire ce que je veux. Dans votre best-seller "La vie sexuelle de Tintin "vous vous attaquez aux conventions. Au pouvoir. Comme Hergé a collaboré avec les fascistes pendant la guerre, j'ai voulu bousculer. On m'a menacé de procès mais ils se sont abstenus. Leur avocat était Jean Veil, le fils de Simone, dont les parents avaient été déportés. Quand il a reçu le dossier complet sur sa collaboration, il n'a pas voulu défendre Hergé. Le paradoxe de votre vie, c'est votre rapprochement avec Roland Duchatelet qui est un homme d'affaires capitaliste. Roland ne pense pas qu'à faire du fric même s'il en fait. Il a investi dans les clubs d'Harelbeke (ma ville de base), de Saint-Trond, du Standard,… Certes, il gagne beaucoup d'argent mais il a un esprit ouvert, il est attiré par les esprits anarchistes. Avec son parti Vivant, il a présenté des idées décalées. Est-il un anar de droite ? Il proposait notamment le revenu universel (idée reprise depuis lors) et ne plus taxer du tout le travail. Cela éliminerait le travail au noir et les gens seraient subitement augmentés de 100 %. Sans la TVA, qui est un impôt de droite, tout coûte (rait) moins cher. Reste à financer la sécu et les pensions. Les syndicats étaient contre l'idée du revenu universel.
Est-ce vrai que vous amenez Roland Duchatelet pour acheter l'Union Saint-Gilloise ? Exactement. Nous avons été très mal reçus par le manager général du club. Je lui ai dit que l'Union était magique, son histoire, son stade. Le bourgmestre Charles Picque ne voulait pas qu'un politicien débarque à l'Union. Si Roland avait repris l'Union, je me serais présenté à Saint-Gilles pour devenir bourgmestre. Même si cela n'aurait pas marché (il rit). Duchatelet voulait même mettre Vivant sur les maillots. Il a un côté généreux mais un peu autiste sur le plan relationnel. Depuis quand êtes vous supporter de l'Union ? Après la faillite d'Harelbeke. J'ai encore en mémoire un match Union-Harelbeke où je suis avec mes copains bruxellois et je saute quand Hein Vanhaezebrouck, stopper d'Harelbeke, marque. Vous êtes aussi cinéaste. Est-ce vrai que vous avez un projet de film dans un hospice avec Catherine Deneuve ? Mon scénario ? Jan Bucquoy est devenu vieux, a mordu l'oreille d'un huissier (sic), est atteint d'Alzheimer et se retrouve dans une maison de repos. Il rencontre une dame qui se prend pour Catherine Deneuve et qui ne cite que des extraits de ses films. Il reprend des forces et met le boxon dans l'établissement comme dans "Vol au-dessus d'un nid de coucou ". La commission d'agréation a refusé par trois fois le scénario. Je ne suis pas assez woke sans doute.
Avez-vous contacté Catherine Deneuve ? J'attends l'argent de la commission. Elle tourne parfois dans des films belges alors pourquoi pas ? Elle est assez folle pour accepter. Elle aime l'originalité comme Lars von Trier avec la chanteuse Björk. Si je vous dis Port-Vendres… Je vais y finir mes jours. Une de mes femmes y était originaire. J'y avais un atelier. Merci Ryanair. Elle est décédée d'un cancer du pancréas.
Combien d'enfants avez-vous ? Sept de sept femmes différentes. Je suis comme Barbe Bleue. Mes enfants n'ont pas les mêmes idées que moi. C'est normal, les enfants doivent être en rébellion contre leurs parents. C'est simple, il suffit de rentrer dans le système.
Que pensez-vous laisser en héritage ? Des dettes… Mes œuvres vont se retrouver au Vieux Marché de Bruxelles. Je ne pense pas qu'il y aura un Musée Jan Bucquoy. Je ne compte pas sur l'intelligence des gens. Il n'y aura pas non plus un 2e Bucquoy. La nouvelle génération se rend bien compte que ce n'est pas très lucratif. Peut-être que les bourgeois finiront peut-être par acheter un Bucquoy par snobisme quand je serais mort. La Belgique n'a aucune culture sauf quand tu réussis en France. Dans l'Hexagone, je ressens beaucoup de respect. Récemment j'ai été invité au festival Groland où ils ont passé le film sur la décapitation du roi des Belges sur la Grand Place (il rit). Le dessinateur Siné venait régulièrement au Dolle Mol ouvert depuis 1969. J'ai dû fermer le café parce que je n'ai jamais payé le loyer (Bert Anciaux le payait comme un centre culturel flamand), je ne payais pas la TVA et on fumait… |