Plein Amour

Le désir n'a pas de légende - 20/20

 

Nederlands

Le toit des villages est posé sur la terre
et les prés fuient de toutes parts
autour des murs blancs
qui avancent d'une maison par siècle.

Je pense a l'étonnement de ton ventre
qui regarde toujours mon désir pour la première fois.
Je pense aux forêts que nous faisons tomber
quand ma chair mûrit dans la tienne.

Je pense a la hauteur de l'été
sur la poussière des routes,
au ruisseau qui s'arrête un instant de couler
pour mieux s'éblouir de la nudité de la lumière.

A rester debout dans ce pays démesuré de clarté,
je sens que je n'ai pas assez de poumons
pour retenir la vie qui vient vers moi
à la façon dont ton corps vient vers le mien.

  

© Lucien Becker, Plein Amour, Gallimard, 1954