Documentatie over Annie Rutzky en de naar haar genoemde prijs,
ter beschikking gesteld door:

- het Koninklijk Conservatorium Antwerpen                      
- Laureaat Annie Rutzky prijs 1991,  Stefan De Schepper

Hieronder de biografie van Annie Rutzky
door Marie Thérèse Buyssens, 1970 (Frans)
Inhoud -
Table des matières

 


La biographie d'Annie Rutzky, Dra. M. Th. Buyssens,
1973, De Beurs, Borgerhout-Antwerpen


La Biographie d'Annie Rutzky



Annie Rutzky à l'âge de 11 ans

Il a tiré de cet ouvrage 200 exemplaires,
numérotez de 1 à 200

Première édition 1970, Deuxième edition 1973

Dra. M.-Th. Buyssens

LA BIOGRAPHIE
D'ANNIE RUTZKY


Table des Matières

       Introduction

    I. Son enfance et ses premiers concerts .
   II. Ses études et concerts

  III. Ses compositions

  IV. Ses pièces littéraires

   V. Conclusion

  VI. Le Prix Annie Rutzky

 VII. Appendice

VIII. Notes


Introduction - Top - Table de matières
 

Après avoir réuni toutes les données que nous avons pu obtenir, nous voulons retracer aussi complètement que possible la biographie d'Annie Rutzky. Toutefois bien des documents ont disparu ou ont été détruits pendant la deuxième guerre mondiale. Nous voulons cependant essayer de mettre en valeur la signification et la personnalité d'Annie Rutzky. Nous tâcherons de réaliser ce but avec la plus grande objectivité possible et ceci pour une double raison. En premier lieu, parce que cette pianiste douée a quitté ce monde au printemps de sa vie en des circonstances particulièrement tragiques et inhumaines. Ensuite parce que Madame B. Nunes-Vaz a fondé le « Prix Annie Rutzky » pour commémorer et ranimer le souvenir de sa sœur regrettée.
 

Nous n'avons pas voulu présenter cette biographie sous forme de roman. Nous ne relatons que les faits basés sur des documents, critiques de journaux, faits divers et témoignages des membres de sa famille et de ses amis.

I. Son enfance et ses premiers concerts -
Top - Table de matières

Annie Rutzky vit le jour à Anvers (Belgique) le 12 janvier 1920.


Dès son plus jeune âge elle fit preuve d'un talent exceptionnel.


Un jour elle reçut un petit piano comme l'on en donne aux petits enfants pour s'amuser. Pendant des heures l'enfant se concentra sur ce jouet. C'était un véritable plaisir de la regarder. De ce jouet, instrument ne possédant que deux octaves, les mélodies les plus diverses s'élevaient sous la direction magique de ses petits doigt potelés. Depuis ce jour, le piano et Annie devinrent des amis inséparables durant la vie trop courte qui lui serait dévolue. Lorsque ses sœurs ainées recevaient leur leçon de piano, la benjamine, très attentive, écoutait derrière la porte. Rien ne lui échappait et, lorsque les enfants étudiaient leurs leçons et ne parvenaient pas à démêler les difficultés, alors la petite Annie leur montrait exactement où le jeu était fautif et comment il fallait y remédier. Ainsi il apparut bientôt qu'Annie était plus douée que n'importe quel enfant. Son désir d'apprendre le piano à son tour fut réalisé.


Son premier professeur privé fut Frans Lenaerts (1), qui était également professeur au Conservatoire Royal de Musique d'Anvers. Après la mort de ce dernier, Annie devint l'élève d'Arthur De Greef (2) et lorsque celui-ci fut atteint d'une attaque d'apoplexie et devint par conséquent incapable de poursuivre ses cours, elle fut inscrite chez Marinus De Jong (3), professeur de piano au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers.


Exceptionnellement douée comme elle l'était, la petite Annie, alors âgée de sept ans, fit des progrès remarquables. Elle ne perdit pas un seul instant pour travailler avec acharnement son instrument préféré. Bien souvent ses parents devaient l'obliger d'aller jouer au grand air avec les enfants de son âge. Son unique divertissement et distraction étaient le piano et la musique, le plus élevé de tous les arts.

 


Annie Rutzky à lâge de 9 ans
  

Par son zèle exemplaire et son don inné elle avait tellement progressé qu'à l'âge de huit ans elle donna son premier récital de piano au Kursaal de Middelkerke. Cette soirée mémorable eut lieu le samedi 11 août 1928 à 21 h. Les critiques parues dans les journaux furent unanimes à déclarer: «... tout l'intérêt de la soirée alla à la petite » Annie Rutzky d'Anvers, adorable fillette âgée de huit ans, » qui touche le piano en grande artiste. Annie Rutzky est » élève de M. Frans Lenaerts le professeur de talent du » cours supérieur de piano au Conservatoire Royal d'Anvers

» Elle a joué, avec une grâce aisée et naturelle plu» sieurs œuvres, notamment :

» Invention — J.S. Bach.

» Sonate Op. 49 n° 2 — L Van Beethoven.

» Douce Rêverie — P. Tschaïkowsky.

» Danse des Sylphes — E. Grieg.

» Valse de l'Adieu — Fr. Chopin.

» L'Enfant fut accueillie par des bravos délirants. Vingt » gerbes de fleurs, des pralines et d'autres présents furent » mis à ses pieds. »


Au cours de ce même été Annie se présenta en divers concerts. Elle exécuta, au cours des dits concerts, de façon tout à fait impeccable, des œuvres de Mozart, Tschaïkowsky, Grieg et Mendelssohn. L'immense succès que la petite Annie recueillit à Middelkerke eut pour suite qu'elle y revint l'année suivante et signa, avec divers directeurs de Casinos de la côte belge, des engagements pour plusieurs concerts.

 

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A l'âge de neuf ans elle donna un concert au Cercle Artistique d'Anvers, le mercredi 30 janvier 1929. Elle s'y présenta au cours du concert Constantin Sadko, le célèbre ténor russe de l'Opéra de Moscou, dont James Ensor a écrit qu'il était «un rossignol puissant et inégalable.» Dans les articles de la presse annonçant cette soirée, nous pouvons lire entre autres : «... ce qui ajoutera encore à l'éclat exceptionnel du concert, c'est le concours de la petite Annie Rutzky de notre ville (4). Mignonne enfant de neuf ans, la petite Annie possède un talent de pianiste génial. Elle force l'admiration et tout Anvers voudra entendre cette prodigieuse enfant jouer de mémoire plusieurs œuvres notamment de Chopin, Beethoven et Schubert ».


Après ce concert tous les journaux louèrent le talent admirable d'Annie. La petite magicienne de la soirée avait ravi tous les cœurs. « Elle est mignonette à croquer » déclarait un journaliste enthousiaste. Ce qu'elle joua n'était pas choisi pour épater, mais pour faire valoir, dans toute son amplitude, le talent fabuleux

d'une si jeune enfant.


Simplement assise au clavier de son grand piano, elle interprêta, avec une finesse de toucher et une souplesse de rythme infiniment admirables, les diverses œuvres. Le grand piano à queue Steinway semblait lui-même ravi du jeu impeccable de ces petits doigts lestes et surs. Et Mozart, Beethoven, Schumann, Grieg et Chopin (5) se rendirent avec complaisance dans le talent musical déjà très formé de la future grande artiste. Le développement du talent qui grandissait tout en conservant son âme enfantine, tel fut le prodige admirable qui se manifestait en Annie Rutzky et qui fut éveillé par son éminent professeur Frans Lenaerts. Toutes les pièces qu'elle interprêta en cette soirée du 30 janvier 1929, étaient jouées de mémoire. Les nuances étaient si délicatement soulignées, d'une poésie si intense, si expressive, si enchanteresse, que les mots pour exprimer ce miracle s'avéraient sans valeur ni éclat. On restait rêveur devant la grande joie qu'elle procurait à l'ouïe et au cœur.


Ce fut surtout dans la Sonate Op. 49 n° 2 de L. van Beethoven que sa petite âme de musicienne se révéla et que l'on put apprécier en elle une nature d'artiste dont on pouvait certainement attendre beaucoup. Elle gradua ses effets, joua impeccablement et donna une vraie, bonne et valable interprétation.

 


Annie Rutzky et sa soeur Berthe à lâge de 10 ans


 

Aussi la soirée terminée, elle fut abondamment fleurie, frénétiquement acclamée et, vision ravissante, elle donna encore quelques numéros en surnombre (dont: la «Valse de l'Adieu » de Fr. Chopin, qui fut vraiment touchante, entourée comme une petite fée de toutes ces corbeilles, de tous ces bouquets, que l'on avait apportés pour elle à profusion. Toute la scène était transformée en un immense parterre.

 

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Dans le livre de poésie d'Annie, que Madame B. Nunes-Vaz a bien voulu mettre à notre disposition, nous trouvons une dédicace de son père. Nous avons tenu à la citer ici car à ce moment un avenir brillant s'ouvrait devant la petite Annie : « Ton père dévoué te souhaite qu'on t'applaudira toujours dans le futur autant qu'à la soirée au « Cercle Artistique ». et j'espère qu'au prochain concert le monde te reconnaîtra ». Pendant les années qui suivirent ce souhait devint realité.

 

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Le 25 mars 1929 au cours de la grande représentation de gala à l'Opéra Royal Flamand d'Anvers, la petite pianiste prodige Annie Rutzky se fit applaudir dans les œuvres de J.S. Bach, W.A. Mozart et L. Van Beethoven. Cette même année elle donna un concert à l'Opéra Royal Flamand en la présence de feu S.M. la Reine Elisabeth de Belgique, éminente protectrice des beaux-arts. A cette occasion Annie signa le livre d'or. A l'âge de dix ans, elle accorda son concours au « Concert du Cercle Lassalle » à l'Opéra Royal Flamand. Elle joua avec une force certaine et avec beaucoup d'accent la fameuse Sonate Pathétique de L. van Beethoven, un Nocturne de Fr. Chopin, une Danse de Granados et une autre de Paul Gilson. Sa technique alerte et déliée lui valut de retentissantes acclamations.

 


Lettre d'Arthur De Greef à Berthe Rutzky,
soeur d'Annie

 

II. Ses études et concerts - Top - Table de matières
 

A l'âge de dix ans elle fut inscrite au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers.

Au cours des années qui suivirent, elle se montra une élève particulièrement douée, faisant preuve d'une assiduité très remarquable. Sa place dans la catégorie des enfants prodiges était justifiée.


Malgré ces succès juvéniles elle ne cessa de s'épanouir au cours des années qui suivirent. Elle devint une pianiste d'une maturité grandissante et d'une allure très artistique. En juillet 1931 elle obtint son diplôme de solfège avec grande distinction.


A Karel Candael (6) attaché à cette époque comme professeur de contre-point au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers, revient le mérite d'avoir découvert en la petite Annie une jeune artiste chez laquelle des qualités remarquables et exceptionnelles étincelaient.

 

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Le 12 août 1931, à l'âge de onze ans, Annie Rutzky, pianiste-virtuose, donna un concert au Casino Communal de Knocke-sur-Mer sous la direction de Karel Candael. Sur les affiches son nom figurait parmi ceux des artistes de renom tels que Zino Francescatti, le célèbre violoniste-virtuose et Madame Octavie Belloy de l'Opéra Royal Flamand d'Anvers, laquelle avait fait plusieurs grandes tournées en Amérique.
 

Ces artistes se présentèrent respectivement les 11 et 13 août 1931.
  


Annie Rutzky à lâge de 11 ans

 

En juin 1934, pendant le 198ième concours musical réservé aux élèves, Annie exécuta une Sonate de Scarlatti et le Scherzo Op. 39 de Fr. Chopin.


Les auditeurs admirèrent son jeu stylisé, son brio remarquable et ses parfaites qualités musicales. Elle avait alors quatorze ans. A cet âge elle interprêta toutes les études de Fr. Chopin.


L'année suivante, en juillet 1935, elle obtint le 1er prix de piano avec distinction (7). Elle remporta le Prix Albert de Vleeshouwer (8). Elle reçut en outre un exemplaire numéroté des œuvres pour Clavecin de J.B. Loeillet (1er volume du Monumenta Musicae Belgicae) qui lui fut remis par la Société Royale d'Harmonie. Elle était alors l'élève du célèbre pianiste-pédagogue Marinus De Jong. En janvier 1936 elle interprêta avec feu Alex De Vries (9) un caramade d'études, des œuvres pour deux pianos de W.A. Mozart, Cl. Debussy et J. Brahms.

 

La presse fut unanime à reconnaître que ces deux jeunes pianistes étaient les lauréats les plus prometteurs du Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers. Ils disposaient déjà d'une technique parfaite, d'une sonorité brillante et d'une sensibilité lyrique et touchante.

 

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A plusieurs reprises Annie se produisit devant l'N.I.R. (L'Institution Nationale Radiophonique Belge). Le 6 mars 1937 cette Institution fit de nouveau appel à la jeune pianiste. Dans cette émission elle donna un récital extrêmement soigné des œuvres suivantes :
 

— Prélude et Fugue en La majeur : J.S. Bach.

— Ballade en Sol majeur : Fr. Chopin.

— Islamey ; M. Balakirew.

 

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Dans chaque domaine de ses études musicales Annie Rutzky atteignit une hauteur vraiment remarquable. Ainsi en 1937 elle obtint:
 

— Le 1er Prix, avec la plus grande distinction, pour musique de chambre. Cette fois le jury était composé de MM. Flor Alpaerts (Président), Bosquet, Zimmer, Arschodt, du Chastain et Boelaerts (secrétaire).

— Un certificat, avec distinction, pour les cours d'histoire de la musique.

— Le diplôme supérieur pour piano, avec distinction. Le gouvernement belge lui accorda, de ce fait, une médaille d'or commémorative.


Le programme qu'elle avait préparé pour le diplôme supérieur fit preuve d'une virtuosité bien choisie. Les œuvres ci-après furent exécutées :
 

— Prélude et Fugue en la mineur : J.S. Bach.

— Sonate Appasionata

— Burleske

— Jeux d'eau

— Concerto en la mineur, avec accompagnement d'orchestre : R- Schumann, L van Beethoven. K. Candael. M. Ravel.


Son auditoire fut frappé par sa manière exquise d'interpréter les œuvres considérées comme «modernes» a cette époque

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Annie Rutzky à lâge de 16 ans


 

En décembre 1937 au cours de la distribution des prix aux lauréats du Conservatoire Royal Flamand de Musique, Annie Rutzky interprêta la première partie du Concerto en la mineur de R. Schumann. Elle le fit avec une exubérance fulgurante munie d'un sens rythmique sagace. Cette jeune virtuose ne manquait certainement pas de tempérament inné auquel s'ajoutait une connaissance technique impeccable. A ce moment de son évolution musicale son savoir dépassait déjà notablement le niveau d'un lauréat moyen au conservatoire par sa technique formidable, son jeu pur et résolu, son interprétation équilibrée et particulièrement soignée. Tout cela annonçait un avenir riche et plein de promesses.

 

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Le mercredi 12 janvier 1938, un concert symphonique eut lieu sous la direction de Flor Alpaerts, dans la salle de la Société Royale de Zoologie d'Anvers. Annie Rutzky et Alex De Vries, deux brillants lauréats de piano, exécutèrent d'une manière digne de leur jeune réputation, le beau concerto en ut majeur, tout empreint d'une rare sérénité et d'une inspiration à la fois noble et expressive, que J.S. Bach écrivit pour deux pianos et orchestre.


Nos talentueux et sympathiques virtuoses exécutèrent ces pages pénétrantes dans le style convenable, sans emphase inutile comme sans ascétisme aride, un style intègre qui respecte scrupuleusement les intentions de l'auteur et leur confère leur entière signification.


Les aptitudes techniques de ces jeunes pianistes et leur sens très développé en matière de style avaient déjà suscité l'admiration générale de l'auditoire. Sous la direction magistrale de Flor Alpaerts (10) ce concert fut donné par nos deux artistes avec une conscience parfaite du rythme. Un succès sans égal ieur échut lors de l'interprétation merveilleuse des « Variations sur un thème de Haydn » de J. Brahms, de la « Suite en Blanc et Noir » de Cl. Debussy et de la « Danse Andalouse Ritmo » d'Infante. Les auditeurs enthousiastes réclamèrent un bis. Le « Cake Walk » du Children's Corner de Cl. Debussy mit la salle en délire.


Le dimanche 13 février 1938 Annie Rutzky accorda son concours à la soirée artistique au profit de la semaine Palestinienne organisée par le Fond National Juif.


Un nombreux public put applaudir Annie pour laquelle le clavier n'avait plus de secrets et dont la vocation artistique s'avérait de plus en plus étonnante. Dans la presse on put lire : « Cette jeune pianiste traite le clavier avec une » familiarité presque déconcertante, se joue des difficultés » techniques et subjugue l'auditoire par des qualités re-» marquables marquées au coin d'un sentiment qui s'arrête » juste à la limite voulue pour éviter recueil musique

» jeune fille ».


Annie Rutzky affirma une prédilection pour Fr. Chopin. La façon dont elle l'interpréta communiqua son enthousiasme à l'auditoire.

 

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Le 25 mars 1938 elle donna un récital de piano à la radio avec les œuvres suivantes :


— Sonate en mi: Scarlatti.

— Etude d'après un rondo de Weber : J. Brahms

— Opwelling: L. Mortelmans.

— Grande Valse en la bémol: Fr. Chopin.

— Rhapsodie N° 11 : F. Liszt.


Le lundi 11 avril 1938 la « Vlaamse Philharmonie » organisa un concert sous la direction d'Arthur Lôwenstein. Au programme de ce concert e.a. le Concerto pour 4 pianos et orchestre de J.S. Bach. Les exécutants étaient :


— Eduardo del Pueyo.

— Alex De Vries.

— Annie Rutzky.

— Robert Van Tomme.

Une ovation délirante couronna cette soirée musicale.

 

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Le 19 mai 1938 Annie Rutzky présenta un récital de piano au Cercle Royal Artistique d'Anvers. Par ce récital, qui était de qualité, elle prouva une fois de plus ses dons réellement exceptionnels, sa technique particulièrement développée. Sa main gauche était d'une souplesse remarquable, la sonorité était puissante, les dégradés joliment colorés et le répertoire déjà assez vaste à en juger par le choix des œuvres qu'elle présenta à cette soirée, e.a. les « Variations sur un thème de l'Eroica » de L. van Beethoven, « l'Etude d'après un rondo de Weber » de J. Brahms, les « Jeux d'eaux >> de M. Ravel, « Feux Follets » de F. Liszt, « Deux études » de Fr. Chopin A la fin de ce concert l'auditoire applaudit à tout rompre et après plusieurs rappels, l'aimable artiste s'exécuta de bonne grâce en faisant entendre encore quelques morceaux choisis de Fr. Schubert et Fr. Chopin. Bref ce fu une soirée d'art pur, dont on garda longtemps le souvenir


Le samedi 12 novembre 1938 le Théâtre Royal Néerlandais annonça qu'il avait le privilège de présenter « Annie Rutzky, la pianiste réputée, qui lui arrivait précédée d'un grand renom ».

Ce soir, le théâtre présentait la pièce « Het Raadsel » dont Annie Rutzky meublerait les entractes par un récital de piano.


Les auditeurs eurent durant ces entractes un régal d'art tout à fait hors ligne grâce à la prodigieuse artiste dont la merveilleuse virtuosité se manifesta dans les œuvres:

— Prélude en Do dièze majeur : Fr. Chopin.

— Papillon: E. Grieg.

— Islamey: M. Balakirew.

— Prélude en Sol majeur : S. Rachmaninoff.

— Jeux d'eau : M. Ravel.


La jeune artiste, pleine de promesses et si extraordinairement douée, mérita la véritable ovation dont elle fut l'objet.

 

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Nous regrettons de ne pouvoir énumérer que d'une façon incomplète le nombre de concerts que donna Annie Rutzky. Les concerts précités nous offrent cependant une image correcte de ses capacités largement variées.

 

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Le 3 décembre 1938 fut pour Annie Rutzky un jour mémorable. A cette date elle obtint le Prix quinquennal Arthur De Greef à l'unanimité des voix. Le jury était présidé par J. Jongen et constitué de Mme Van Barentzen et de MM. A. Ferté, J. Sevenants et J. du Chastain. Annie était la plus jeune des participants. Elle joua les intéressantes « Variations sur un thème héroïque » de L. van Beethoven, rarement interprêtées. Son jeu excellent, nourri par sa virtuosité très développée émerveilla les auditeurs épris d'interprétations parfaites.

 


Annie Rutzky et Arthur De Greef en 1938
(Photo "La Dernière Heure)

 

Dans le « Préludio con Fuga » de J. S. Bach elle fut remarquable par la technique diaphane et aisée qui lui était propre tandis qu'elle y joignit une finesse élégante faisant ressortir les contrastes dans la structure thématique. La pureté du phrasé put être admirée dans la «Toccata en Ut » de R. Schumann et dans la très mélodieuse « Etude de concert en fa » de A. De Greef.


Annie Rutzky était la seule jeune pianiste rendant avec une pureté presque absolue, sans aucune infraction à la technique idéale et mnémotechnique, toutes les œuvres qu'on lui imposa.

En juillet 1939 elle obtint le «1er Prix de Contrepoint» avec grande distinction et en juillet 1941 le 1er Prix de Fugue avec distinction (11).


Ayant l'intention d'élargir sa culture générale elle suivit les cours de littérature, d'histoire de l'art et de la composition.


Pour terminer sa formation pianistique elle se rendit à Versailles (France) chez Robert Casadesus. Elle n'y reçut que deux leçons, car la guerre venait d'éclater... A partir de ce jour le calvaire de la prodigieuse artiste commença.


Le 25 mars 1942 elle fut écartée du Conservatoire comme suite à l'ordonnance nazie sur les élèves juifs. A partir de cette date tout contact avec elle fut rompu. En 1942 un concert aurait encore été organisé pour elle à Lisbonne (Portugal) si l'autorisation de quitter la Bel

gique lui avait été donnée.
 

En août 1943 un sort abominable lui fut réservé. Elle fut déportée à Auschwitz. La seule personne qui put lui procurer quelques secours en cette période tragique fut docteur Mostovoy (12). Ce médecin, grand amateur de musique, est décédé il y a quelques années.

 

III. Ses compositions - Top - Table de matières

 


Extrait d'une composition pour piano d'Annie Rutzky


 

Grâce à la collaboration de Madame B. Nunes-Vaz-Rutzky nous sommes entrés en possession de quelques compositions d'Annie. Il s'agit principalement de musique vocale et d'œuvres pour piano.


La chanson « Aanroep tot de Zon » (Invocation au soleil) — février 1942 — Texte de Melle G. Daufresne de la Chevalerie — peut être divisée en deux parties. La première partie, en mineur, est l'expression d'une sphère triste et mélancolique. Dans la deuxième partie, en majeur, l'air se clarifie et le monde s'ouvre à l'espoir, la lumière, la chaleur, la joie, en somme à la vie.

Le caractère et le contenu du texte ont été interprêtés à leur juste valeur.


Dans les deux versions, dont une non achevée, de « Al mijn verlangen... » (Tout mon désir) tirée de l'œuvre « Zomervlammen » de Pol de Mont, nous trouvons à peu près les mêmes caractéristiques.


Dans ces chansons on reconnaît la sentimentalité propre à l'âge juvénile du compositeur. Par des tons transitoires brusques et inattendus, mais pas toujours choisis de façon exacte, elle tâche de rendre la sphère déprimante et tendue, la recherche d'un bonheur impossible. La version achevée présente des réminiscences de nos compositeurs Flamands de la période post-romantique.

 

Nous y retrouvons l'esprit de P. Benoit. Les deux chansons ont été écrites pour soprano. « Ik hou van je... » (Je t'aime) extrait de « Zomervlammen » de Pol de Mont et écrite pour basse, est une chanson pleine de sentiment ; le rythme est lent et tendu auquel s'ajoutent des effets et des accents pathétiques. L'application de certaines figures rythmiques fait ressortir davantage la passion inassouvie.

Comme dans la pièce précédante les changements de ton sont assez brusques pour faire ressortir la tension dramatique. Le chant vocal est fort mélodieux. Cette chanson date de janvier 1940.


La dernière chanson « O licht, O blijde, blozend licht » (que nous pourrions traduire par : « O lumière, o joyeuse et rosé lumière ») sur un texte également de Pol de Mont, est restée inachevée.


Cette chanson possède un style remarquablement plus fleuri que par exemple les deux versions de « Al mijn verlangen ». Entre le chant vocal et l'accompagnement du piano il n'y a pas d'équilibre soutenu. L'accompagnement est presqu'une pièce pour piano individuelle, présentant plusieurs passages d'une grande virtuosité. De ces chansons nous pouvons conclure que la jeune Annie Rutzky a joui d'une éducation musicale très poussée au point de vue théorique. Dès lors nous devons considérer ses compositions comme pièces expérimentales dans lesquelles la connaissance théorique de l'harmonie, du contrepoint et de la fugue a été mise en pratique. Nous sommes persuadés que si le sort avait été plus clément pour cette jeune musicienne, elle aurait vite passé cette période de formation et se serait arrachée à l'influence mélancolique et sentimentale de certains compositeurs de la période post-romantique. Alors seulement sa vraie nature fraîche, loyale et passionnée aurait connu son déploiement total.


N'oublions pas que ces chansons datent de 1940-1942, période pendant laquelle toute la misère et l'effroi de la seconde guerre mondiale se déversaient sur l'humanité. Il était inévitable que ses chansons devaient exprimer l'esprit déprimant et tourmenté de cette tragédie humaine. En général nous constatons que l'accompagnement est presque entièrement individuel. Les parties pour piano présentent de nombreux passages pianistiques de grande virtuosité. En soi, ce n'est pas un défaut, mais ,il faut cependant toujours s'efforcer de faire évoluer dans un équilibre harmonieux le chant vocal et raccompagnement du piano, même si ceux-ci sont indépendants l'un de l'autre.


Deux pièces pour piano nous sont restées : le « Scherzo », achevé en février 1942, est une œuvre très pianistique et témoigne d'un tempérament énergique et spontané. Nous désirons considérer cette œuvre comme une étude dans laquelle de nombreuses difficultés de virtuosité sont traitées. Un seul motif se développe tout le long du « Scherzo ». D'après le caractère nous distinguons trois parties, notamment : la première partie laquelle est particulièrement vive ; la deuxième se caractérise par son ton mélancolique et mélodieux, et la troisième partie accuse un ton très énergique toutefois avec une nuance mélancolique.


Sur l'une de ses esquisses Annie Rutzky a marqué la date : 20 novembre 1941. Sur un autre brouillon nous trouvons, à côté de la signature particulièrement agitée et inquiète, la phrase suivante : « II fait calme autour de moi, mais dans mon âme quel orage il y a ! ».

Vu l'écriture violente et incontrôlée des notes, nous supposons qu'Annie sentit inconsciemment le danger et les horreurs qui l'attendaient.


La pièce « Uitwijkelingslied » (Chant de l'émigré) est basée sur le thème de la chanson populaire « Naar Oostland willen wij reizen... » L'œuvre est constituée en l'harmonisation de la mélodie originale, suivie de quatre variations lesquelles diffèrent entr'elles tant au point de vue caractère qu'au point de vue technique.


La première variation est leste, vive, aisée ; la seconde est grandiose, plus largement amplifiée. La troisième variation est un exercice sur les octaves; quant à la quatrième celle-ci rend en un rythme accéléré et avec brio un exercice sur les doubles notes.

 

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Dans ses compositions pour piano la jeune musicienne a utilisé pleinement ses dons et connaissances artistiques. Nous avons également trouvé d'elle un «Andaloesische Tango » pour violoncelle et piano.


Cette composition est caractérisée par une élégance et une vivacité à travers lesquelles perce la violence espagnole. Des rythmes passionés et violents illuminent cette œuvre restée malheureusement inachevée.

 

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Parmi les œuvres d'Annie Rutzky nous avons trouvé plusieurs esquisses non achevées et nous sommes persuadés qu'elle a certainement encore eu d'autres oeuvres à son actif.
Par suite des circonstances désasreuses de la guerre plusiers de ses compositions ont été perdues ou détruites.

 

IV. Ses pièces littéraires - Top - Table de matières
 

Annie Rutzky n'était pas seulement une pianiste prodigieuse, en elle sommeillait l'âme délicate du poète. Grâce au concours bienveillant de Madame De Vries-Tolkowsky nous avons pu prendre connaissance de quelques pièces de prose et de poésie de la main d'Annie. Ces pièces témoignent d'un esprit précoce et d'une extrême sensibilité d'âme.
 

— SOUPIRS, (octobre 1937.)


Les soupirs du crépuscule sont gris. Ceux des fauteuils sont invitants. Les soupirs des cœurs sont passionnants. Le gazouillement des oiseaux est soupirant. Deux regards qui se croisent sont comme des fervents soupirs. D'entre les plis des étoffes émanent des soupirs crépitants. Deux mains aux doigts noués donnent un sentiment intense, s'engouffrant dans le cœur comme des soupirs guérissants. Le temps avance en soupirant. Des rayons violets soupirent sur les objets et les physionomies changeantes.


Le chant du crépuscule est comme une complainte décadente, menaçante, soupirante...

Entrecoupées de grands soupirs délirants deux bouches boivent mutuellement à leur coupe unique et délicieuse.


— Décembre 1937.


Certaines cordes de notre être sont sensibles, sensibles dis-je à l'état normal. Certaines cordes sont très sensibles à un état normal de notre pauvre être. C'est très douloureux cette supersensibilité ! Cela vous poignarde brutalement, sans merci, sans pitié, vous brûle, vous dévore Un abattement général rend presque incapable de sentir alors que tellement on aspire à le faire. Un masque trompeur est nécessaire. Comme c'est heureux d'être blessé si secrètement. Ce sang que nul ne voit couler ! Toute cette anomalie est en grande partie à attribuer à l'exubérance physique.


Un corps malsain est incapable de sentir sainement. Aimer en souffrant est ce qu'il y a de plus grand. Le plus grand amour c'est l'unique idéal !


— SOUFFRANCE (Décembre 1937).


On ne se sent vivre que dans une période de souffrance. Parce qu'alors on se sent supérieur à ses semblables. On se plaît dans cette atmosphère d'amertume et de peine. Une douceur s'empare du caractère, une chose non habituelle. On est capable de transformer une cacophonie en une délicieuse harmonie. Il vous déplaît de penser du mal de n'importe qui. Malgré tout ce qu'on souffre et ce qu'on endurera encore comme souffrance. On est sur le point de le trouver atroce et d 'autre part douloureusement délicieux !


Certains implorent Dieu pour leur donner de la force de continuer. Ce ne sont que des faibles. Les forts implorent le moi !


Sur la grande injustice qui règne en ce monde il faut pouvoir s'amadouer. Il faut avoir un regard doux pour ses semblables, une douceur mêlée de bonté et de sévérité. Surmonter sa haine et tâcher d'aimer à l'infini.

Il est si bon de pardonner !


— FEUX FOLLETS.


Si tu savais, comprenais, saisissais
Combien heureuse je serais

              En me pénétrant

II n'y a pour toi rien de déconcertant
Une personne intéressante
A certaines envies méchantes
Laisse-moi penser à la mort

              De tout mon corps

              A cette unanime destinée
Je me fais une voluté de croire
Que sur moi se fixera un clair regard

              Dénué de toute idée noire
Soudain ma plaie me ramène

              A mon ancien tourment
Dont le sang coule en saccageant
Ce sang à pour moi tant d'attrait
Se répandant autour de soi sans arrêt
II y a quelquefois des désirs volcaniques

              Qui font des émeutes erotiques

Laisse-moi changer

              Nos destinées
Mon essai est une audace

              Qui ne dément pas ma race
Je veux remplacer cette fin unanime

              Comme cela serait sublime

Par des liens Qui n'auraient pas de fin
Puisse-je être rénovatrice

               Et annonciatrice
D'une vie transcendante
Perpétuellement ardente.

 

9 heures et demie
1938.

 

— QUELQUES IMPRESSIONS. (Octobre 1937).
 

Grandeur d'un moment ! Grandeur de cœur, élévation de l'âme ! On n'est pas homme s'il n'est capable de recevoir de ces impressions.


Elévation de l'âme fait mal, horriblement mal, d'un mal qui ressemble à un péché...

Pourquoi être né avec tant d'imperfections, une si délicieuse imperfection. Cette force intérieure brise, coupe votre chair, comme le ferait une naveja, vision sanguinaire sublime.


Folie des sens. Natures tragiques souffrant dans leur masque de comédie. Grand émoi intérieur, furieuse tristesse. Corps inerte témoigne d'un esprit tel. C'est grand, cette élévation vous saisit, qu'il faudrait pouvoir se dépenser ! Comme on se montrerait presque immatérielle, insaisissable tout en défaillant sous l'étreinte. Comme on souffre quand ce diabolique désir vous prend entre ses griffes. On ne sent même pas le dessin de réagir, au contraire on invite les griffes à s'enfoncer plus profondément encore dans la chair molle. Qu'on pardonne cette espèce d'élévation d'âme, pourtant c'en est une. Comme il est bon d'avoir à ces moments-là une mélodie amie... O ! lutte dans laquelle il est doux d'être vaincue, être vaincue sous l'enrôlement furieux et féroce. Si tels se touchent il se produit un effondrement céleste.


Méchants individus, pourtant il y a des exceptions ! Sûrement une exception ! N'étant pour cela pas meilleures.


— Décembre 1937.

 

En rêvant, laissant vagabonder le regard indécis à tous les coins, en observant les phénoménales physionomies inintéressantes, vides, dépourvues de vie, cherchant un fluide introuvable, restant seule au milieu de la multitude de vies mortes, des sons discordants complétant encore cette atmosphère de banale nervosité. J'ai plaisir en pensant à une venue réjouissante qui me surprendra bientôt agréablement, j'en suis convaincue. Alors au diable atmosphère déplaisante, sons discordants, regards vides, fluide introuvable. Je ne pense, je ne veux penser qu'agréablement sentant un bien-être m'envelopper.

 

*
* *


Ce texte se rapporte vraisemblablement à l'Exposition de documents, contrats, listes de service et photos concernant la fondation et les premières années de l'Opéra Royal Flamand d'Anvers. (De la collection de Bernard Tokkie). Décembre 1937.


V. Conclusion - Top - Table de matières
 

Annie Rutzky était une personnalité transcendante, une artiste particulièrement douée. Elle avait l'esprit très ouvert, témoignait d'une haute spiritualité. Il est remarquable qu'elle fit partie d'un groupe d'étudiants qui, tous, devaient acquérir une grande notoriété dans le domaine musical au cours des années suivantes. Nous citons parmi eux : Alex De Vries, pianiste et pédagogue éminent, professeur au Conservatoire Royal de Gand et plus tard au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers ; Denise De Vries-Tolkowsky, pianiste et compositeur renommée, le prof. Dr. J. L. Broeckx, professeur à l'Université de Gand, G. Ruymen, professeur de violon-alto au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers. De cette équipe faisait également partie Vladimir Czerniak. Selon toute probabilité il termina son existence dans les mêmes conditions tragiques qu'Annie Rutzky.


Peut-être que d'autres figures importantes faisaient partie de ce groupe, mais nous n'avons pu nous baser que sur une photo d'étudiants en possession de Madame De Vries-Tolkowsky. Il apparaît dans tout ceci qu'Annie Rutzky était énormément appréciée de ses amis-étudiants pour sa gentillesse, sa simplicité et son intelligence.


Ses professeurs l'estimèrent non seulement à cause de ses talents, mais surtout à cause de sa profonde conscience envers chaque branche de son évolution artistique.


VI. Le Prix Annie Rutzky - Top - Table de matières
 

« Anvers, le 18 novembre 1928.
 

«J'espère, chère petite sœur, que je pourrai compléter » moi-même ta poésie avec des annonces plus brillantes » encore dans le futur.

» Ta sœur qui ne te souhaite que du bonheur pendant toute » ta vie ».

 

Berthe Rutzky.

 

Ce désir ardent, que Madame B. Nunes-Vaz-Rutzky inscrivit avec tant d'amour et d'affection dans le livre de poésie de sa petite sœur bien-aimée, n'a malheureusement pu s'accomplir à cause des circonstances tragiques de la guerre 1940-1945.


Toutefois, par la fondation du « Prix Annie Rutzky » elle a tenu vivant l'esprit de celle qui fut l'une des meilleures élèves du Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers et qui, en tant que pianiste, allait au-devant d'une brillante carrière internationale. Chaque année, sous les auspices du « Fonds Anversois pour études à l'étranger» une bourse de frs. B. 25.000.— est mise à la disposition d'un étudiant méritant du Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers, afin de lui permettre de compléter sa formation artistique à l'étranger.

 


Annie Rutzky

 

Nous exprimons l'espoir que le « Prix Annie Rutzky » stimulera les jeunes étudiants à faire respecter dans leur entourage et auprès de leurs collègues la valeur humaine de la Vie.

Nous remercions chaleureusement Monsieur et Madame J. Nunes-Vaz-Rutzky pour la création de ce prix, lequel sera attribué aussi longtemps qu'ils vivront. Grâce à leur bienveillance nous pourrons, chaque année, doter un élément sérieusement doué et méritant en lui procurant la possibilité de poursuivre ses études. Les jeunes musiciens ci-après ont déjà eu l'occasion d'apprécier les bienfaits de cette donation :

— 1965 : Godelieve Smets (claveciniste), Le Prix lui fut transmis par le gouverneur honoraire
             Monsieur R. Declerck.
— 1966 : Ilona Van Brandt (cantatrice)
— 1967 : Jos. Van Immerseel (organiste)
— 1968 : Frieda Schoenen (claveciniste)
— 1969 : Marie-Thérèse Buyssens (musicologue)
— 1970 : Toon Brouwers (dramaturge)
— 1971 : Jan Van Mol (organiste)
— 1972 : Robert Groslot (pianiste)
— 1973 : Sylvia Traey (pianiste)
— 1974 :

— 1975 :

— 1976:

— 1977 :

— 1978 :

— 1979 :

— 1980 :

— 1981 :

— 1982 :

— 1983 :

— 1984 :

— 1985 :

— 1986 :

— 1987 :

— 1988 :

— 1989 :

— 1990 :
 

Nous apprécions tout spécialement l'esprit éclectique démontré par Monsieur et Madame Nunes-Vaz-Rutzky concernant la répartition du prix, lequel n'est pas dévolu uniquement aux pianistes.

La seule condition qu'ils imposent est que le prix soit donné à un étudiant méritant du Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers.


En dernier lieu nos remerciements s'adressent également à Madame De Vries-Tolkowsky, amie préférée d'Annie Rutzky, qui nous a aidé très aimablement et avec une extrême gentillesse à recueillir un certain nombre de données indispensables (13).


VII. Appendice -
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Monsieur J. Nunes-Vaz, qui est néerlandais de naissance, a habité Anvers pendant plusieurs années. Il a épousé Mademoiselle B. Rutzky, laquelle est Anversoise de naissance.

Pendant l'attaque de 1940 ils quittèrent la Belgique et vers la fin de cette même année ils atteignirent les Etats-Unis. Au début de 1941 ils arrivèrent à Toronto (Canada) et s'y fixèrent définitivement.


Après la fin des hostilités Monsieur et Madame J. Nunes-Vaz-Rutzky obtinrent la naturalisation canadienne. Monsieur Nunes-Vaz monta une affaire de diamants et d'outillage pour industries de guerre sous les auspices du Ministère de la Défense Nationale à Ottawa. En 1950, il créa la « J. Nunes Diamonds, Limited » à Toronto. En 1959 Monsieur J. Nunes-Vaz et son épouse furent officiellement reçus à l'Hôtel de Ville d'Anvers en la présence de plusieurs personnalités du monde diamantaire et bancaire.


Pendant son allocution le bourgmestre de la Ville d'Anvers, Monsieur L. Craeybeckx, offrit à Monsieur Nunes-Vaz une médaille d'or commémorative, confirmant ainsi la signification de sa firme en rapport avec l'industrie diamantaire belge.

 


Monsieur et Madame Nunes-Vas-Rutzky


Ensuite Monsieur Nunes-Vaz fut l'objet d'une manifestation de sympathie au siège du Syndicat de l'industrie diamantaire belge, où une médaille commémorative lui fut remise par Monsieur Breughelmans, président. La « J. Nunes Diamonds Limited » est la première société anonyme diamantaire canadienne et l'une des rares firmes du monde entier qui reçut la distinction précitée. Monsieur et Madame J. Nunes-Vaz-Rutzky s'intéressent vivement aux beaux-arts, à la musique et aux présentations artistiques en particulier.


Madame B. Nunes-Vaz-Rutzky, comme il a été mentionné ci-dessus créa le « Prix Annie Rutzky» de commun accord avec le gouverneur honoraire de la province d'Anvers, Monsieur R. Declerck.


Elle parle couramment six langues et donna volontairement des cours de français à l'école moyenne, la « Bennington Heights Public School », ce qui créa un esprit nouveau dans cet établissement.


Monsieur et Madame J. Nunes-Vaz-Rutzky ont deux enfants : Claire et Edward qui suivirent des cours universitaires.
 

Novembre 1970.

 

VIII. Notes - Top - Table de matières
 

(1) Frans LENAERTS, ° Anvers 28,11.1873, † 6.8.1931. Pianiste belge, fils de Constant Lenaerts. Fit ses études au Conservatoire Royal de Bruxelles et fut nommé professeur de piano au Conservatoire Royai Flamand de Musique d'Anvers en 1899, où il forma d'excellents élèves.


(2) Arthur DE GREEF, ° Louvain 10.10.1862, † Bruxelles 29.8.1940. Pianiste belge, compositeur et pédagogue. Fut l'élève de Fr. Liszt Ses concerts remportèrent un vif succès dans plusieurs villes européennes. Ses cours au Conservatoire de Bruxelles jouissaient d'une grande renommée. Ce fut Arthur De Greef qui interprêta, en première, le Concerto pour piano de Grieg. Il composa de la musique pour piano et pour orchestre ainsi que des chansons.


(3) Marinus DE JONG, ° Oosterhout 14.8.1891. Compositeur et pianiste belge. Fit ses études au Conservatoire Flamand de Musique d'Anvers sous L Morteimans. De Jong était professeur à l'Institut Lem-mens à Maiines. Jusqu'en 1956 il était attaché comme professeur au Conservatoire Royaf Flamand de Musique d'Anvers pour contrepoint et fugue. Comme pianiste il fît plusieurs tournées artistiques. En tant que compositeur il occupa une position importante dans la vie musicale belge. II composa des oratorios, des concertos, de la musique de piano, des messes, des œuvres religieuses et de la musique de chambre. En outre il écrivit quelques œuvres théoriques.


(4) La ville d'Anvers (Belgique)


(5) Programme de ce concert :

—  Rondo en ré majeur: W.A. Mozart

—  Sonate Op. 49 no 2: L. van Beethoven

—  Fleurs solitaires: R.  Schumann

—  Oisillon: E. Grieg

—  Mazurka en la: Fr. Chopin
 

(6) Karel CANDAEL, ° Anvers 4.9.1883, † Rotterdam 27.3.1948. Compositeur belge. Fit ses étu­des au Conservatoire de sa ville natale et obtint le prix de Rome (1907). Candael était chef-d'or­chestre du Kursaal de Knocke-sur-Mer. Avant la guerre de 1940-1945, il était chef-d'orches­tre à il’N.I.R. (Institution Natio­nale Radiophonique Belge). Son œuvre est conçue dans le style de Pierre Benoit, mais de conception plus moderne. Il composa des œuvres religieuses, de la musique de théâtre, des œuvres vocales, de la musi­que de chambre et des chorales.
 

(7) Programme de l'examen de piano (1935)

—  Etude no 12, Op. 8: Scriabine

—  Etude Op. 10 en Fa majeur: Fr. Chopin

—  4e Fantaisie: P. Benoit

—  Préludes et Fugues (Livre II en do et en re mineur): J. S. Bach

—  1er concerto: J. Fiefd

—  Sonate en si (1e partie): Fr. Chopin

—  Variations sur un thème de Schumann: . Brahms
Le jury était composé de : Mr. Flor Alpaerts, président,   Melle J. Maison, professeur au  Con­servatoire Royal de Liège, MM. A.De Greef, professeur hono­raire, E. Bosquet, professeur au Conservatoire  Royal  de  Bruxel­les,  J.Van  Roy, professeur au Conservatoire Royal de Gand, J. Boelaerts, secrétaire.

 

(8) Prix Albert de Vleeshouwer. D'après les stipulations du don fait par le compositeur A. De Vleeshouwer, ce prix est dé­cerné à l'élève ayant obtenu la plus grande distinction dans un cours au choix de la direction du conservatoire.
 

(9) Alex DE VRIES. ° Amsterdam 3.5.1919, † Anvers 27.5.1964. Pianiste et pédagogue belge. Fit ses études au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'An­vers chez Marinus De Jong et ensuite chez A. De Greef et Em. Bosquet à Bruxelles. Obtint le prix de virtuosité du gouvernement belge pour piano, devint professeur au Conserva­toire de Gand en 1946 et d'An­vers en 1956. De Vries était très actif en tant que pianiste. Il fit plusieurs tour­nées à travers l'Europe et l'Afri­que. Son répertoire, qui était très étendu, comprenait bien des compositions contemporaines.
 

(10) Flor ALPAERTS. ° Anvers 12.10.1876, † 5.10.1954. Compositeur belge. Fit ses étu­des au Conservatoire de sa ville natale, y devint professeur et ensuite directeur. A partir de 1919 il dirigea les concerts or­ganisés par la Société Royale Zoologique d'Anvers. Au cours de ses multiples concerts à l'étranger il se révéla être un propagandiste convaincu de la musique flamande. Composa des œuvres pour or­chestre, concertos, musique de chambre, œuvres pour piano, chansons, chorales, un opéra, musique de théâtre, musique re­ligieuse.
 

(11) Tous les diplômes ainsi que la médaille d'or commémorative du Gouvernement Beige se trou­vent à la bibliothèque du Con­servatoire Royal Flamand de Mu­sique d'Anvers.
 

(12) Le Prix Docteur Aaron Mostovoy fut créé en 1966 par feu Monsieur Aaron Mostovoy, docteur en médecine. Chaque année ce prix (frs. B. 4.000.-) est remis au premier lauréat ayant obtenu le 1er prix de violon au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'Anvers.
 

(13) Denise DE VRIES-TOLKOWSKY

° Brighton (Angleterre), 11.8.1918 Compositeur et pianiste belge. Fit ses études au Conservatoire Royal Flamand de Musique d'An­vers, c.-à.-d. : Piano ; chez Mr. E. Durlet ; harmonie, chez Mr. E. Verheyden ; contre-point et fu­gue, chez Mr. K. Candael ; com­position, chez Mr. FI. Alpaerts. Elle composa plusieurs ballets, de la musique vocale, de la musique de chambre et de la musique de piano dont un concerto.