Le monde sans joie

La solitude est partout - 1/15

 

Nederlands

Un homme aux yeux bandés de paupières marche, 
immense et défait comme le mur d'une usine 
avec le cœur si plein de vase qu'à sa bouche 
vient mourir l'odeur fade des marais.

Il n'entend pas au loin la rumeur qui rencontre 
le blé couvert de tant de têtes, de tant de flammes 
et regarde s'il fait jour au fond de ses mains 
qui dépassent des hautes herbes bleues du sang.

Il a beau plaquer son visage contre le matin ouvert, 
partager sa peau avec les mendiants de la souffrance, 
attendre que le soleil s'éteigne dans les glaces,
sa vie reste si claire qu'on voit la mort au travers

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard