Le monde sans joie

Vivre dans l'éternité - 1/21

 

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Sous l'été, il y a des villages qui sont comme des étangs, 
leurs ailes touchent la terre comme celles des oiseaux morts 
dont le ventre blanc a tournoyé dans le soleil. 
L'ombre des arbres prend feu à chaque feuille qui manque.

On a envie d'étendre sa main sur la moisson 
couchée comme une femme à moitié dévêtue. 
Le soleil, l'épaule contre les portes. Personne n'ouvrira. 
Le soleil met dans la serrure une clé qui tombe.

Après-midi posées sur la poussière des routes 
sous un ciel qui n'avance pas, 
il n'y a pas assez de ruisseaux dans les champs 
pour retenir la lumière entre leurs herbes.

L'œil d'un pont dans un quartier mort 
regarde de plus loin que le monde 
et les murs sont blancs comme les chemins 
où la terre souffre d'être nue.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard