Rien à Vivre -  4/49

  

 

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Il faut retenir son souffle pour atteindre la porte
qui va vers ce que je nomme ma chambre
et personne ne sait combien le couloir
pèse, à les toucher, sur mes épaules trop hautes.

Enfant, je me trouvais dans les couloirs 
comme dans un vivier frémissant de soleil. 
Maintenant c'est une carotide sourde 
où mon corps s'enfonce comme un caillot jauni.

Le jour ne s'y lève plus qu'à moitié, 
terne comme une toile d'araignée
et l'ombre, accroupie comme une bête,  attend 
pour se répandre que le froid monte des pavés.

Il ne doit y avoir que ma tête qui dépasse. 
Tout le reste fait corps avec les murs 
Même mon cœur bat sans le vouloir dans le plâtre 
sur lequel ma main se rétracte comme mordue.

Et quand j'ouvre ma chambre au fond des pierres,
je recule devant un monde si blême et si vide
que toutes les fenêtres debout dans l'espace
ne suffiraient pas pour lui donner la clarté d'un regard.

  

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard