Rien à Vivre - 44/49

  

 

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Je t'aime comme on aime un beau jour d'été,
immobile et très haut entre le matin et le soir.
Je pense à toi d'une façon tellement forte
que ton absence bat en moi comme une porte dans le vent.

Seule, maintenant, une mémoire aveugle me rappelle 
les caresses dont ton corps enfermait mon corps 
comme dans des forêts infranchissables, 
mais elle ne peut me rendre le poids de ta chair.

Je te cherche en moi comme dans une ville déserte 
et pourtant à chaque instant je te rencontre
comme la terre à chaque pas rencontre des sources, 
mais j'ai froid sans la chaleur de tes mains.

Et ta voix, ta voix qui me faisait vivre
comme la flamme fait vivre un brasier,
ta voix n'est nulle part, même pas sur ma bouche
à laquelle elle se mêlait jusqu'au silence des baisers.

  

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard