Le monde sans joie

L'homme quotidien - 2/10

 

Nederlands

Au fond du couloir où rien ne luit, 
la porte s'ouvre sur la nuit, 
claque contre les murs de chaux. 
Je me retourne, d'elle encore chaud,

vers la vie qui regagne et cerne 
sa plus belle clairière 
où la terre parle aux hommes 
par la voix facile des femmes

où les fleuves courbent le monde 
de leurs mains si fraiches et si pleines, 
où le coeur captif des forêts 
oscille sur son socle d'ombre

où les chemins rejoignent le ciel à l'horizon 
marqués du pas de tous les paysans 
dont la tête dépasse les maisons 
comme l'épi le plus haut, le plus pesant.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard