Le monde sans joie

L'homme quotidien - 3/10

 

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Mêlé a tant de soirs, tant de nuits
qui n'avaient même pas de l'air le poids,
je n'existe plus que par quelques pas 
que je fais toujours dans le même circuit.

Chaque matin, je secoue ma terre
mais il m'en reste assez sous les pieds
pour que croisse la douleur
jusqu'au point où les yeux sont des tiges cassées.

Le vent passe entre mes mains et peine 
sans pouvoir les délier de mes veines. 
Bientôt, il ne reste plus qu'un regard 
mal éclairé par le soir

et 1'or qui remonte du coeur 
comme un feu déja gris. 
Et je ressens mieux la coupure 
que mon corps fait avec le monde.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard