Le monde sans joie

L'homme quotidien - 4/10

 

Nederlands

Veines comme des rides sous la peau, 
j'élève mes tourments et mes maux 
à vos étages les plus hauts. 
Vous faites le tour de ma vie

sans savoir le doute qu'en moi mûrit
et mène votre attelage docile.
Vous plongez dans ma chair et dans mon coeur
vos doigts pleins de sang, pleins de sueur.

Vous ne voyez pas les chemins de la terre 
oû les regards se renversent d'un trait 
sans s'ouvrir au passage d'un regret. 
Vous n'aimez pas ma voix qui va se taire

vous êtes si loin dans vos mains qui fuient
dans les grottes où je n'ai pas acces
et haletantes vous dites au coeur
que le monde est plus clair, plus grand que lui.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard