Le monde sans joie

La solitude est partout - 3/15

 

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De mon enfance, je revois le couchant 
s'étendre sur le plancher usé 
et se replier lentement dans l'ombre 
comme un épi trop lourd de blé.

Aux quatre coins du corps,
le cœur tire sur ses liens.
J'ai peur de vivre derrière ces vitres
tant elles sont béantes et vides.

Je ne respire pas plus qu'un objet.
Où sont les chemins descendus du soleil
vers l'après-midi si large de l'été?
Au soir, on retrouvait les sources perdues.

Derrière les murs, plus vivantes en leur nudité 
et renversées parmi leurs seins, les femmes 
sont les plus belles blessures du monde 
avec leur sexe, leur bouche et leurs yeux.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard