Le monde sans joie

La solitude est partout - 12/15

 

Nederlands

Tout ce que je vis, ce dont je dois mourir 
n'a pas de place hors de mon attente. 
Dans les mains que je serre, 
que je retiens, que reste-t-il de moi ?

Le sang coule sous les ponts qui vont de mon cœur 
aux êtres, aux regards dont je n'approche 
que par des signes de la main, des lèvres 
et auxquels je ne m'unis que par la solitude.

Les chemins partent du fond de la nuit 
et vont attendre le jour sur les collines. 
Par la fenêtre où brûle une bougie 
ils voient les morts entourés de vivants

qui ne croient pas aux prières qu'ils disent 
et les morts restent seuls sous leurs paupières 
sans reconnaître les chemins qui passent 
en blanchissant un peu la nuit.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard