Le monde sans joie

La solitude est partout - 11/15

 

Nederlands

Le jour ne coupe plus les carreaux noirs 
d'où il est chassé sans le moindre éclair. 
Le ciel est plus cassant, moins abrité 
sur les terres amarrées par le gel.

Les murs sont pensifs comme des visages. 
Les mains couvent des caresses démesurées 
et la campagne n'approche des routes 
que par quelques pas dans la neige.

Elle reste des jours sans une voix d'homme. 
Parfois se casse le doigt sec d'une herbe 
et le bruit s'en propage jusqu'à la ferme. 
Le vent renifle la senteur du charbon

sort à la même heure nocturne
de sa chambre sans plafond
et l'on voit mieux les bords de la solitude
cerner la tache d'un front.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard