Le monde sans joie

La solitude est partout - 10/15

 

Nederlands

Ta main s'élève en un adieu
que je n'ai pas vu retomber.
Nos bouches n'ont pu finir leurs baisers
qui restent entre nous comme un pont coupe

Ton dernier regard est une jetée 
pour la vie dont je touche le fond 
de toute ma peau sans visage, 
de tout le poids de la terre

Bientôt l'espace se mettra entre nous 
et nous ne serons plus que deux êtres 
en qui dure tout un passé de joie 
comme un peu de soleil éclaire encore

les murs qu'il vient de quitter. 
Ton corps ne bougera pas plus 
qu'une fenêtre allumée dans la nuit 
chassée par le vent et la pluie

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard