Le monde sans joie

La solitude est partout - 9/15

 

Nederlands

Dans le village encerclé par les champs, 
les maisons penchées sur les bancs 
voient venir les chars aussi hauts qu'elles 
de moissons d'où tombe, apaisé, le soleil.

La joie s'ouvre comme un fruit
et roule jusqu'à la mer
avec des arrêts dans les villes
près des ponts d'où la terre s'enfuit.

Un tas de feuilles respire doucement 
au bord du chemin que personne ne prend. 
Un coup d'aile de clarté dévaste la terre, 
la peur se retire de l'espace visible.

Des fleurs sèchent sur la tapisserie, 
la fraîcheur est debout dans le couloir, 
le vent sort un peu de sa vallée 
et la fumée gagne sans peine l'éternité.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard