Le monde sans joie

La solitude est partout - 8/15

 

Nederlands

Les champs se taisent de toute leur rosée. 
Les fenêtres se dévisagent durement 
et il circule encore en elles de l'ombre 
amassée au fond des chambres endormies.

Le sang colle sous la peau, 
chargé de la nuit des racines 
qui étreignent la terre 
ou qui montent dans les songes.

La rue frappe mon pied désorienté 
par les mille années de sommeil d'une nuit 
et l'on entend dans le vent qui s'élève 
grincer les chaînes de la terre.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard