Le monde sans joie

Pas mème l'amour - 11/14

 

Nederlands

Les lampes se fanent dans la nuit qui pèse
sur la ville réduite à ses propres murs,
sur la mort réduite à quelques corps,
sur les hommes couchés le long des chambres.

La mer, les yeux ouverts, s'enfonce dans son ombre 
jusqu'au moment où elle ne voit plus d'étoiles 
jusqu'au point où elle voit la terre s'éteindre 
dans la braise écrasée des fenêtres.

Les plantes en secret font des ponts de rosée 
sur les champs par-dessus lesquels se hâte 
le cri dérouté d'un train que quelqu'un verra 
à l'aube à des centaines de kilomètres de là,

hagard et sûr comme un orage.
Il y a des cailloux qui ont conservé
un peu de jour sous le pas d'un homme
dans l'ombre duquel le jour ne peut plus se lever.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard