Le monde sans joie

Vivre dans l'éternité - 2/21

 

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Les villages somnolent sous leur couvercle de pierres 
rêvant tout haut dans la voix des batteuses. 
La terre est si calme aux alentours qu'on entend 
les feuilles tomber des arbres une par une.

L'automne tient dans un regard, dans une main 
vide comme un verre qui vient de se renverser. 
Les charrues se plaignent en montant la colline 
et leur cri est plus long aux approches du soir.

Au gré de jours secrets comme une clairière, 
les villages sont de grands oiseaux reposés 
avec comme vie juste de quoi faire battre 
la poitrine plate des fenêtres.

L'eau dans les ornières a les yeux tristes 
des bêtes qui rentrent, dominées par leur ombre. 
Le soir n'est plus qu'un grand morceau de terre 
qui s'abat sans bruit sur ce qui reste du monde.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard