Le monde sans joie

Vivre dans l'éternité - 3/21

 

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Dans le quartier solitaire qu'on traverse en hâte 
des volets se ferment sur des rires d'enfants 
sur des voix très douces, très proches du cœur 
qui font mal au passant, seul avec ses deux mains.

Prise dans la vitre, la tête d'une femme 
supporte le poids de tout le paysage 
et l'on sent qu'elle peut mourir en fermant les yeux 
sans que bouge une feuille, sans que crie un oiseau.

Gluants d'étoiles, les carreaux sont moins noirs 
sur l'ombre qui sort des chambres comme une forêt 
qu'on ne peut arrêter, parce qu'il n'y a plus 
sur les bords de la terre aucun fleuve de clarté.

Le vent est si las qu'il se pose sur la main. 
Un feu s'éteint sans cri au tournant de la nuit 
et les fumées hautes marchent sur les toits 
du pas tranquille de ceux qui sont morts.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard