Le monde sans joie

Vivre dans l'éternité - 21/21

 

Nederlands

Le jour est si léger sur la ville
qu'il touche à peine les toits
et certains murs ne le connaissent
que par les reflets que les carreaux leur renvoient.

Les femmes passent en vacillant
comme les hauts trèfles des champs
et les vitrines les fixent, étonnées de voir
des choses vivantes aussi belles derrière leurs cils.

Dans les gares, le vent accourt toujours attendu. 
Des trains nostalgiques s'arrêtent à regret 
avec une crête de rumeur sur la tête 
et toute la campagne restée dans leurs vitres.

Le jour pensif de feuillages cerne la ville 
qui ne peut plus vivre qu'entre le bas des murs 
et les tempes qu'elle pose contre le ciel 
ne battent parfois que d'un éclat de soleil.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard