Rien à Vivre - 31/49

  

 

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La vie est belle, belle à en crier. 
A chaque carrefour, elle change de tête, 
à chaque baiser, elle change de bouche, 
à chaque femme, elle change de seins.

Les regards sont plus beaux les uns que les autres 
et chacun d'eux, s'il se lève d'un visage de femme, 
est bouleversant comme la dernière jetée de soleil 
sur une ville qui s'enfonce dans le soir.

Au coin des lèvres, il y a du sang
mais personne ne peut l'enlever
car il vient tout droit du cœur
rappeler que la bouche est une source de feu.

Les chambres d'hôtel sont ternes 
mais la joie des corps y brûle, 
contenue entre deux peaux frémissantes, 
inapaisée comme tout un été.

Les mains courent, s'assemblent, se recueillent,
étonnées, à chaque halte, de contacts
à faire frémir toute une foret,
à faire monter la mer jusqu'à sa plus haute vague.

Mais le cœur reste indifférent
aux mots où l'amour met sa chaleur :
il ne veut pas, il ne peut pas choisir
parce que la liberté est encore plus belle que l'amour.

  

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard