Rien à Vivre - 34/49

  

 

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Il ne reste plus dans la ville
dont les plus hauts murs ont comme fenêtres les étoiles
que la lumière de quelques lampes
qui couvrent les rues de leurs eaux dormantes.

Le dernier passant s'est jeté, tête baissée, 
dans une porte qui se referme sans bruit 
sur un couloir si long si glacé 
qu'il est comme un tunnel sous une montagne.

Jamais il n'arrivera au bout de cette trouée dans la nuit.
Son existence est lourde à porter
parce qu'il sait qu'en haut de l'escalier
Il y a toujours la même morte qui l'attend: la solitude.

Il sait que des milliers de femmes
quelque part dans un monde bien clos
découvrent la brûlure secrète de leurs corps
pour l'amour d'un baiser, pour le poids d'une étreinte.

Un drap de plâtre retombe sur sa chambre. 
A quoi bon ouvrir la fenêtre 
d'où le printemps viendrait par brassées 
lui rappeler qu'il n'est pas de la fête?

Sa lampe brillera longtemps parmi les étoiles. 
Mais ne croyez pas qu'il écrit quelque poème : 
il attend simplement que la nuit se lève 
pour essayer de vivre un jour pareil aux autres.

  

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard