Rien à Vivre - 41/49

  

 

Nederlands

Je cherche ton regard comme un aveugle 
cherche le monde qu'il a perdu 
ce grand regard qui venait vers moi 
m'apporter celui de toutes les femmes.

Il était pour moi beau comme un de ces couchant 
devant lesquels on s'arrête de respirer
et je ne voyais plus rien d'une terre
qui naissait de nos pieds pour rejoindre l'horizon.

Je ne retrouve plus ton corps dans mes mains 
et pourtant elles l'ont tenu comme on tient 
de hautes brassées d'herbes dans le soleil 
au moment où la terre se roule dans l'été.

Je cherche ton corps au fond de mes nuits,
dans toutes les vitrines où il s'est miré.
Mais il ne reste rien de lui pas même ces cheveux
qui ont glissé comme un filet d'eau entre mes doigts.

  

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard