Rien à Vivre - 40/49

  

 

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Ton corps est la seule lumière 
que reconnaît mon regard 
Il est plus beau sur mon lit 
qu'un ciel de joie sur le monde.

Tous les chemins conduisent à ton sexe 
dernière impasse avant la mort 
mais impasse où ma vie prend un sens 
qu'aucune morale n'a pu lui donner.

En pressant ta chair contre ma chair 
je sais pourquoi la terre est gonflée de collines, 
pourquoi elle chavire sous les forêts, 
pourquoi elle accourt vers une source qui naît.

A chaque baiser, ma nuit prend fin 
et dans mes veines s'écoule toute la mer 
Ton corps est une haute tige qui, 
ployée, livre son printemps.

Je te vois dans le regard de toutes les femmes. 
J'oublie que tu n'existes qu'entre mes bras 
L'espace perd son pouvoir de distance: 
tu es si belle, veillée par tes paupières.

  

© Lucien Becker, Rien à Vivre, 1947, Gallimard