L'été sans fin

Les pierres dans le soleil - 1/18

 

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Le vent frappe les herbes comme une monture 
qui doit gagner les ruisseaux à marches forcées. 
Aucun vivant ne peut se soustraire à la mort 
qui l'enferme dans sa toile de rues et de veines.

Il est vain de courir la terre d'île en île, 
de continent en continent, de ville en ville, 
puisque toute l'histoire de l'être se passe 
d'une tempe à un poignet battant d'un seul sang.

Le soleil ne sait rien de la peine de l'homme
sur lequel par hasard il jette une lueur
qui l'enfièvre un instant de tout l'amour d'un monde
auquel il ne tient que par un filet d'air.

Malgré sa belle architecture de lumière, 
le jour n'est rien qu'un morceau de papier dans la nuit 
où les lampes veillent de très hautes bâtisses 
n'ayant pour défaut que le trou d'une serrure.

Pour répondre au franc sourire de la clarté, 
il reste la source et ses prunelles de gravier, 
il reste un tesson de bouteille qui regarde 
l'espace entier à travers un buisson d'orties.

  

© Lucien Becker, L'été sans fin, Editions de Chaumeane, 1961