L'été sans fin

Les pierres dans le soleil - 2/18

 

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Tout est si calme et si fragile dans le village 
qu'il suffirait sans doute d'un éclat de voix 
pour que se fendent certaines tuiles des toits 
et pour que naisse l'unique enfant de l'année.

La forêt n'ose pas s'avancer vers les blés 
de peur de briser une seule de leurs tiges 
et chaque épi tient à venir à la rencontre  
des champs rêvant de jour et de nuit sous la luzerne

Les fleurs essaient de garder un peu de soleil 
pour que le soir ne soit pas tout à fait obscur 
et les oiseaux dont l'ombre courait sur le sol 
se posent sur le premier arbre retrouvé.

Le pont qui veut peser sans heurt sur la rivière 
n'est qu'un petit tas de pierres pour le chemin 
jouant avec la distance à la façon d'un chat 
dont la proie se tue d'elle-même dans ses griffes.

La plaine s'élargit en bousculant les routes 
de toute la force de plusieurs millions d'herbes 
qui font de chaque source une clairière 
où le monde sauve le plus de jour qu'il peut.

  

© Lucien Becker, L'été sans fin, Editions de Chaumeane, 1961