L'été sans fin

Les pierres dans le soleil - 4/18

 

Nederlands

Le destin du soir se joue dans le fond d'un verre 
où se reforme le couchant tombé des toits. 
Des hommes qui doivent mourir avant demain 
le garderont comme un signet sous leurs paupières.

Un rayon presque chaud rend vivante une armoire 
qui n'a aucune chance de franchir la pièce 
parce que, lourde des bois où elle a vécu, 
elle ne peut aller bien loin sur le palier.

Les maisons ont l'air de se serrer, plus secrètes 
au-dessus de leurs dormeurs, au-dessus des tables 
où du reflux du jour ne reste qu'une assiette 
comme un abîme ouvert à l'aplomb de la nuit.

Le soleil voudrait ne pas quitter une feuille 
que la terre avare retient comme un peu d'or, 
mais très loin un miroir ou peut-être un carreau 
lui ordonne de s'en aller par-delà les arbres.

C'est l'heure où la ville se sépare des rues 
dans le bruit de la dernière porte fermée, 
où le village éprouve un moment de bonheur 
parce que ses fumées vont très haut dans le ciel.

  

© Lucien Becker, L'été sans fin, Editions de Chaumeane, 1961