L'été sans fin

Le soleil dans les pierres - 1/12

 

Nederlands

La ville n'a pour plante que le lampadaire
survivant d'un printemps qui, jeté hors de ses murs,
élève sans hâte des escaliers de verdure
pour entrer dans des hameaux de quatre ou cinq maisons.

Perce-neige à la mesure même des nuits, 
il ne pourra jamais s'en aller vers les champs 
qu'on dit habités par des troupeaux qui se couchent 
sur une litière où se mêlent herbe et ciel.

La rue se balance sans bruit de l'un à l'autre 
jusqu'au faîte des toits, jusqu'au bord des vitrines 
où chaque objet attend d'être pris dans la main 
pour savoir la place qu'il aura dans le monde.

Les lampadaires s'éteignent, recouverts par 
le soleil qui descend des plus hautes montagnes 
sans qu'ils puissent le saluer d'un regard 
eux qui ont pensé toute la nuit à son éclat.

  

© Lucien Becker, L'été sans fin, Editions de Chaumeane, 1961