|
Tous
ces hauts meubles qui durent plus d'une vie
franchissent rarement le seuil des portes
parce que, tel l'arbre obéissant dont ils sortent,
ils prennent racine là où l'homme les place.
Ils s'appuient de tout leur dos contre les murs
qui ne peuvent s'empêcher d'avoir le vertige
en décelant au plus profond de mon regard
la raison de leur solitude sans pareille.
Et désunis sans le vouloir par un plafond
qui ne cesse de dériver de l'un à l'autre,
ils dorment souvent éveillés par un caillou
désirant retourner à sa roche natale.
Au loin, le matin s'éclaire d'orage ou de rosée
pour s'enfuir hors des pas dont l'homme le verrouille.
Au loin, le ciel sans toit est le seul mur qui brûle
sans laisser d'os noircis ni de cendre haletante.
|