Le
couchant n'a pas retrouvé la prairie
où il choisissait les graminées les plus frêles
pour en faire de lourdes chevelures blondes
qui retardaient d'un instant l'arrivée du soir.
Il n'y a plus d'horizon entre ciel et monde
que lie l'un à l'autre un trop indocile ruisseau
et qui ont pour tout regard celui d'une source
dont même en se baissant le jour ne voit plus le fond.
Le silence est si grand qu'il force une brindille
à rester sur l'arbre d'où elle veut tomber
et que les taupes préfèrent attendre la nuit
pour venir voir ce qui se passe dans l'hiver.
Le village a disparu laissant des fenêtres
pour bien indiquer l'emplacement des maisons
que le beau temps a pour mission de reconstruire
lorsque la terre germera parmi la neige.