L'été sans fin

Le soleil dans les pierres - 12/12

 

Nederlands

Dans le couchant trop clair, quelques feuilles sourient 
sur des arbres peut-être vieux comme le monde. 
Un ruisseau du même âge emporte tout le ciel 
à travers l'automne fumant encore d'un peu d'été.

Sous les chaumes, les champs trouvent le temps très long 
et, tout près d'eux, les chemins tournent en rond, 
toujours blessés à vif par l'ornière où versa, 
bruissant de paille et de lumière, une guimbarde.

Il y a luttant contre le vent beaucoup d'herbes 
qui aimaient voir l'ombre faire cercle à midi 
autour d'un homme essayant de fuir vers la ville 
sans qu'il puisse en fin de compte sortir des seigles.

Un oiseau vole très vite de haie en haie 
à la recherche d'un autre oiseau dont il ignore 
qu'il est mort le matin en bordure d'un pré 
dans l'odeur d'un foin à jamais ensoleillé.

La colline qui marchait légère sous l'orge
n'est rien de plus qu'un coup de genou dans le vide
où le jour précaire n'a pour tenir debout
que le haut d'un village enterré dans le sol.

  

© Lucien Becker, L'été sans fin, Editions de Chaumeane, 1961