Le monde sans joie

L'homme quotidien - 7/10

 

Nederlands

Le vent n'a pas voulu mon haleine, 
l'oreiller s'est vidé de sommeil. 
Le monde regarde dans les fenêtres, 
inachevé, sans couleurs, ni fêtes.

Les colchiques se renversent, las, 
et le matin les broie de son pas mouillé 
de tant de paupières pleines. 
Les sources sont grises comme le ciel.

Un vent fumeux, un vent décapité 
déborde sans cesse des trottoirs 
s'enfuit avec les milliers de voix 
que la solitude attendait.

Au-dessus des toits, tout est vide, 
la lumière ne peut pas remonter 
retenue dans les lampes livides 
et dans les bouteilles bues.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard