Le monde sans joie

L'homme quotidien - 8/10

 

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Mon cœur bat dans sa toile de sang 
oubliant de mon corps le mal le plus récent 
et s'attarde à la plaie trop tendre 
et mal fermée que font les tempes.

Que sait-il de moi, de ce regard, de cette tête
dont la douleur se détache, dure, cernée
comme une vitre, de cette peau qu'il éclaire
de tous ses éclats captifs ?

Veilleur de mon sommeil, veilleur de la nuit 
il ne retient aucun de mes rêves 
mais se rappelle que des étoiles naissent de lui 
à la place où les veines font des clairières.

Dans les flaques où je souffre, où j'attends 
et où je ne suis entouré que de moi-même,
il conduit le regard aveugle du sang
pour mourir un jour comme un oiseau abattu.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard