Le monde sans joie

L'homme quotidien - 9/10

 

Nederlands

Derrière la fenêtre, le jour est superficiel, 
le miroir est encore profond de toute la nuit 
et la route est très loin dans le mur. 
Ma tête dépasse, coupée par le drap.

Une mouche en fait le tour.
Je me rappelle ou je rêve
que ton front est comme ces belles journées
où il n'y a pas un signe de mort

et où la lumière se rassemble sur les sources.
Le pont se lève de l'herbe
et s'ouvre au-dessus de l'eau
comme une blessure où la terre accourt.

Le dormeur est toujours couvert 
de son front lisse et de ses paupières. 
Des ombres sortent et laissent longtemps 
leurs tempes contre les murs.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard