Le monde sans joie

La solitude est partout - 5/15

 

Nederlands

Les chemins tournent dans les moissons reposées 
avec l'assurance des choses qui sont éternelles.
Je foule des routes et des rues qui n'abordent 
qu'au seuil de la souffrance ou de la mort.

Dans les boucles du vent et dans celles des enfants 
se pose trop de soleil qui n'est pour personne 
et partout il y a des bouches qui pèsent 
comme des fruits fraîchement coupés.

Je veille sous la lampe du front, 
le regard aussi grand que celui des murs 
pour me refermer, le soir, avec des gestes 
qui sont ceux d'une enfance mal oubliée.

Fleuve par fleuve, le jour se répand 
et n'atteint pas le visage douloureux 
qui monte, porté par des mains de sang, 
jusqu'au point où se fanent mes yeux.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard