Le monde sans joie

La solitude est partout - 14/15

 

Nederlands

Si loin de ton regard et de ta vie 
je ne retrouve plus les pas 
qui me conduisaient vers toi. 
Je ne peux plus m'enfermer

dans tes mains, ni dans ton sommeil. 
Quelques lettres toujours pareilles 
vont de l'un à l'autre 
comme autant de géants sans voix.

Tu es pour mon cœur, pour ma bouche 
pour le pantin désarticulé de ma vie 
une brûlure toujours plus forte 
qui ne les réchauffe pas.

Je cherche en vain, sans jamais me rendre, 
à te reconnaître, à te reprendre. 
Je ne sais même plus la place 
que tu tenais entre mes bras.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard