Le monde sans joie

Vivre dans l'éternité - 17/21

 

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La porte est ouverte entre les murs du soir, 
les trappes cèdent sous mes pas haletants. 
Au vent sans effort, souffle ta main légère, 
suicide simple comme le regard de l'eau.

Le dernier matin de ta vie passe auprès de toi, 
écoute battre le dernier jour de la terre, 
happe au passage la dernière tige de vent. 
Le ciel n'est plus sur tes yeux qu'un peu de buée.

N'appelle personne parmi les hommes :
on ne meurt bien que dans la solitude.
La lumière n'a plus de prises sur ton corps.
Sous ton corps, la terre monte à coups d'épaule.

Pas un mort ne te voit, pas un mort ne te cherche. 
L'univers est seul comme une main coupée. 
L'éternité s'affole, s'écarte de ta route, 
mesure d'étoile en étoile ce qui la sépare de toi.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard