Le monde sans joie

Vivre dans l'éternité - 18/21

 

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Chaque vie scellée par le silence se perd 
dans l'espace clignotant de jours et de nuits 
et c'est au moment de la mort qu'elle apprend 
que les siècles ont le battement de la mer.

C'est le pas cadencé sur la dalle éternelle, 
c'est le cri sans écho qui tournoie dans la nuit 
comme un peu de foudre, c'est le cri sur lequel 
se ferme pour toujours la bouche de l'homme.

Pars vite. Tu ne peux déjà plus me rejoindre. 
L'amour est un peu de soleil sur un naufrage. 
Séparée de moi par des plaines de retard, 
tu ne coïncides pas avec ma minute éternelle.

Et pourtant la joie de vivre se fait femme 
au seuil des portes trop hautes du jour 
où les hommes se lavent à grand soleil 
avec l'ombre rejetée d'un coup derrière eux.

  

© Lucien Becker, Le Monde Sans Joie, 1945, Gallimard