L'été sans fin

Le soleil dans les pierres - 6/12

 

Nederlands

Sous la cendre des feux on découvre des pierres 
que rien ne défigure et qui ne brûlent pas, 
se laissant prendre avec joie dans les filets d'herbes 
que l'hiver ou le temps finira par défaire.

Elles ne craignent pas la lumière la plus vive 
qui cherche dans leurs yeux mi-fermés une issue 
par où la mort n'arrivera point à passer, 
parce que débouchant au cœur même des choses

Elles sont dispersées comme les fruits d'un arbre 
enterré depuis longtemps au creux de la terre 
parce que les siècles, aidés du vent, s'attaquent 
à tout ce qui persiste à vouloir vivre debout.

Sans se départir un instant de leur mutisme, 
elles n'ont de regard que pour les hommes graves 
qui s'en emparent pour lés bercer dans leurs mains 
comme ils le feraient d'un animal endormi.

Elles n'ont pourtant besoin de qui que ce soit 
pour se souvenir des tout premiers pas d'un monde 
qu'elles ont connu mieux que personne à un âge 
où elles lui apprenaient à faire du feu.

  

© Lucien Becker, L'été sans fin, Editions de Chaumeane, 1961